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Ce blog est consacré à mes sujets d'intérêt: bibliothèques numériques, culture scientifique, littérature, politique.
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Lundi 19 juin j’ai assisté à un colloque organisé par la Cour de Cassation à l’occasion du centenaire de l’arrêt du 12 juillet 1906 de la Cour innocentant Dreyfus. De nombreuses personnalités judiciaires, mais aussi les petits-enfants et arrière-petits-enfants de Dreyfus étaient présents sous les ors de la Grande Chambre de la Cour de Cassation. Je n’ai malheureusement pu assister qu’à la matinée, aussi vous fais-je le compte-rendu des interventions les plus marquantes de la matinée.
(La grande Chambre de la Cour de Cassation)
Le président de la Cour de Cassation, Guy Canivet, a fait d’une voix sourde un majestueux discours rappelant l’éminent rôle joué par la Cour pour la vérité. Il a rappelé notamment que l’affaire Dreyfus est longtemps restée et reste vivante : ainsi le 27 janvier 1945, Charles Maurras, lors de sa condamnation à la Libération pour intelligence avec l’ennemi, s’exclame : " C’est la revanche de Dreyfus ! ". Encore maintenant elle reste vivante puisque, nous rappelle le président Canivet, l’affaire a " ses " révisionnistes.
Le procureur général près la Cour, Jean-Louis Nadal, rappelle que la Ligue des Droits de l’Homme est créée pendant l’affaire Dreyfus. Il rend hommage à son prédécessuer de l’époque, le procureur général près la cour Baudoin, qui dès mars 1905 a finalisé un dossier de 800 pages démontant l’accusation militaire tenue au premier procès de la Cour de Guerre de 1894, et au pseudo-procès de révision de Rennes en 1899 (contre toute attente la justice militaire condamne de nouveau en 1899 Dreyfus qui était revenu de l’Ile du Diable pour ce procès ; c’est le président Emile Loubet qui grâcie Dreyfus après Rennes). D’une voix entraînant l’émotion, il termine sa péroraison en reprenant les dernières phrases du procureur Baudoin en 1906.
(le procureur général Manuel Baudoin 1846 -1917)
Bruno Potier de la Varde, président de l’Ordre des Avocats au Conseil d’Etat et à la Cour de Cassation, a rappelé quelques éléments d’importance. Lucie Dreyfus était devenue, au sens juridique, tutrice de son mari après sa condamnation. Par ailleurs c’est une loi de 1895 qui permettait à la Cour de Cassation d’annuler un procès sans renvoi : en 1899 elle annule et renvoie devant la Cour de Guerre de Rennes, en 1906 elle annule sans renvoi.
(1906, remise de décorations au commandant Dreyfus, dans la cour de l'Ecole militaire où il avait été dégradé début 1895)
Il rappelle que la volonté de Dreyfus était d’être réhabilité par ses " frères d’armes ", à savoir par la justice militaire, ce qu’il n’obtiendra jamais. Bien plus, malgré la décision de la Cour de Cassation de 1906, Dreyfus est certes réintégré dans l’Armée avec le grade supérieur de commandant, mais qu’il ne bénéficie pas d’une reconstitution d’ancienneté sur les années 1895-1906. Dreyfus en tire logiquement la conclusion en démissionnant de l’armée.
Marcel Thomas, président de la Société internationale d’histoire de l’Affaire Dreyfus, fait un discours de style III° République, mais nous remet en mémoire le nom d’un certain nombre de protagonistes de l’affaire : le général Mercier, le commandant du Paty de Clam, le commandant Picquart, le général de Boisdeffre, le colonel Henry, l’ " expert " graphologique Alphonse Bertillon, chef du service d’anthropométrie à la Préfecture de Police de Paris.
Enfin un certain nombre d’événements qu’on a tendance à oublier nous sont rappelés par tel ou tel orateur : la tentative d’assassinat de Labori, un des deux avocats de Dreyfus, lors du procès de Rennes en 1899 ; le tir d’un journaliste extrémiste Gregori contre Dreyfus, qu’il blesse au bras, en juin 1908 lors du transfert des cendres de Zola au Panthéon.
Il est possible qu’une seconde commémoration, plus solennelle (celle-ci était un colloque), ait lieu lors de la date du centenaire, le 12 juillet 2006, en présence des plus hautes autorités de l’Etat (affaire à suivre).
Voir notamment l’arrêt de 1906 retranscrit en format PDF (14 pages)
Revenons aux vrais livres, avec André Malraux " Les chênes qu’on abat " (Gallimard, 1971), récit de ses entretiens avec le Général de Gaulle à la Boisserie pendant l’hiver 1969, dernier hiver du Général.
" Oh ! Quel farouche bruit font dans le crépuscule
Les chênes qu’on abat pour le bûcher d’Hercule "
(Victor Hugo, A Théophile Gautier, 1872)
(p.13), à l’enterrement du Général de Gaulle à Colombey :
Ici, dans la foule, derrière les fusiliers marins qui présentent les armes, une paysanne en châle noir, comme celles de nos maquis de Corrèze, hurle : " Pourquoi est-ce qu’on ne me laisse pas passer ! Il a dit : Tout le monde ! Il a dit : Toute le monde ! " Je pose la main sur l’épaule du marin : " Vous devriez la laisser passer, çà ferait plaisir au Général : elle parle comme la France. " Il pivote sans un mot et sans que ses bras bougent, semble présenter les armes à la France misérable et fidèle – et la femme se hâte en claudiquant vers l’église, devant le grondement du char qui porte le cercueil.
(p.31) Malraux à De Gaulle :
– Pourquoi êtes-vous parti sur une question aussi secondaire que celle des régions ? A cause de l’absurdité ?
Il me regarde de nouveau fixement :
- A cause de l’absurdité.
Malraux à de Gaulle :
(p.74) Mais les Alliés, les Américains, surtout, auraient pu tenir la Résistance pour une Légion étrangère ; c’est vous qui en avez fait autre chose.
(p.83) Vichy qui tient les mains de la France pendant que l’ennemi l’égorge…La bouche de ceux qui prétendaient gouverner notre pays ne s’ouvre que pour lui ordonner de se rouler dans la boue…
(p. 148) Vous avez fait aux Français un don qu’on ne leur fait guère : élire en eux leur meilleure part.
Un peu d’humour :
(p.97) lorsqu’il me dit, en voyant arriver pour une réception de l’Elysée Brigitte Bardot vêtue d’un pyjama à brandebourgs : " Veine : un soldat ! " et, à elle : " Quelle chance, Madame ! Vous êtes en uniforme et je suis en civil ! "
Etape 1 : Au début ils ont été les victimes des 35h : " les 35h ont joué un rôle dans la déprotection organisationnelle du travail, que leurs promoteurs n'avaient sans doute pas imaginé " (page 34)
Sont apparues des tâches que la réduction du temps de travail ne permettait plus de couvrir ; les cadres au nom de leur " mission historique d'obligation de résultat " ont dû prendre en charge un surcroît de travail, en plus du travail moins qualifié...
Etape 2 : les cadres se sont " appropriés les 35h ", aidés en cela par l'interprétation qu'a eue l'Inspection du Travail de la loi.
" ils ont commencé à compter leur temps, pour exprimer qu'ils avaient cessé d'être dupes de leur quasi-intégration aux instances dirigeantes de l'entreprise "
Distinction maintenant de plus en plus tranchée entre " cadres dirigeants " et autres cadres : par contrecoup ces derniers se rapprochent des autres catégories socio-professionnelles.
La loi a distingué cette catégorie de " cadres dirigeants " en l'exonérant de la comptabilité des heures.
Voir aussi plans de retraites spécifiques à cette catégorie proposés par les assureurs (on peut sortir des régimes obligatoires de retraite des cadres pour des régimes plus avantageux si l'on est " cadre dirigeant ").
La concurrence, la pression de l'actionnaire et du client ont fragilisé les cadres :
Avant : le taylorisme (répartition claire des tâches), structures hiérarchiques.
Après : les organisations matricielles, l'obligation de coopérer entre pairs.
Les cadres ne sont plus vecteurs d'information dans une hiérarchie descendante, supplantés par les nouvelles technologies et le mail.
Avant chacun pouvait se construire sa propre situation d'autonomie ; maintenant chacun dépend des autres pour son travail ; la coopération obligatoire est un facteur de stress.
Un livre bien mis
en avant par les medias (on en parle une fois par jour sur France-Musique, une publicité en première page du Monde). En fait un mauvais livre. Quelques exemples en vrac.